La salle de théâtre de Sous le Pommier, vide, prête à accueillir le jeu
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Murmures · Théâtre vivant

Le théâtre vivant :renouer avec le plaisir du JEU

Au théâtre, le corps se fait plus présent, la voix joue de multiples nuances et l’imaginaire nous transporte par l’émotion qu’il fait naître lorsque quelque chose sonne juste, au plus profond de notre être.

Que l’on soit sur scène ou dans le public, le jeu théâtral nous invite à explorer les rôles que nous habitons ou que nous observons, à déplacer ce qui semblait figé et à nous relier profondément à notre humanité.

Par Nathanaëlle Haubois

Il suffit de presque rien pour que le théâtre commence.

Un espace vide.
Un corps qui s’avance.
Un autre qui le regarde.

Puis un geste, une parole, un silence.
Quelque chose apparaît.

Peter Brook disait pouvoir prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Le théâtre ne naît donc pas nécessairement sous les projecteurs, derrière un rideau rouge ou devant une salle pleine. Il commence dès lors qu’une présence accepte de se montrer et qu’une autre se rend disponible pour la recevoir.

Le théâtre est vivant parce qu’il se crée dans l’instant et se module avec celles et ceux qui le traversent. Une même scène ne sera jamais tout à fait rejouée de la même manière, parce que les corps, les émotions et les silences ne reviennent jamais exactement au même endroit.

01

Nous jouons tous des rôles

Bien avant de monter sur une scène, nous apprenons tous à jouer des rôles.

Nous sommes tantôt l’enfant sage, le rêveur, le clown, celle qui prend soin des autres, celui qui protège et rassure. Nous apprenons, au fil de notre existence, à incarner différentes postures.

Certains rôles nous aident à grandir. Ils nous permettent de trouver une place, de créer du lien et de traverser des situations difficiles.

Mais il arrive qu’un rôle, autrefois nécessaire, devienne trop étroit. Nous récitons les mêmes phrases, reproduisons les mêmes gestes, parce que nous ne savons plus très bien comment sortir du personnage.

Le personnage finit alors par nous enfermer, car il ne nous permet plus de nous exprimer dans toutes nos nuances.

Le théâtre nous rappelle une chose essentielle : nous sommes capables de jouer plusieurs rôles, de changer et de transformer nos manières d’être.

02

Faire semblant pour rencontrer quelque chose de vrai

Jouer n’est pas mentir.

C’est entrer dans cet espace étrange où une chose peut être inventée et profondément vraie à la fois.

Sur scène, je ne suis pas réellement cette reine abandonnée, cet enfant en colère ou cet arbre secoué par la tempête. Pourtant, lorsque je leur prête mon corps, leur histoire vient toucher quelque chose de la mienne.

Une certaine résonance nous lie.

Elle nous permet de nous approcher d’une émotion sans avoir à la nommer, de porter une parole sans exposer notre histoire, de déposer une part de nous dans un autre corps, une autre époque, un autre décor.

Le jeu théâtral crée une juste distance : suffisamment proche pour que quelque chose soit ressenti, suffisamment éloignée pour que nous puissions continuer à explorer.

Donald Winnicott situait le jeu dans un espace potentiel, à la frontière de notre monde intérieur et de la réalité extérieure. Une aire intermédiaire où l’on peut essayer, imaginer et créer sans devoir choisir immédiatement entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

03

Le corps entre en scène

Au théâtre, nous ne parlons jamais seulement avec des mots.

Une épaule qui se ferme raconte déjà quelque chose.

Un regard qui se dérobe modifie toute la scène.

Une respiration retenue contient parfois un récit entier.

Le corps sait avant le texte.

Il se souvient de nos élans interrompus, de nos mouvements empêchés. Mais il porte aussi des ressources que nous ne connaissons pas encore.

Jacques Lecoq parlait d’un corps poétique : un corps capable d’observer le vivant, d’en saisir les mouvements et de les transformer en langage.

Sur scène, une personne qui se croyait maladroite peut découvrir la précision de son geste. Une voix discrète peut remplir l’espace. Un corps habitué à se retenir peut expérimenter l’amplitude, le déséquilibre, la chute, puis le retour à l’appui.

Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre.

Il s’agit peut-être de rencontrer une part de soi qui n’avait encore trouvé aucun endroit pour apparaître.

04

Rejouer pour ne plus répéter

Certaines scènes de notre vie semblent écrites d’avance.

Comme si nous connaissions déjà certaines remarques, certains gestes ou certaines réactions émotionnelles. Nous avons alors la sensation que les choses se répètent.

Le théâtre permet de rejouer sans nécessairement répéter.

Une situation peut être reprise, déplacée, exagérée ou ralentie. Les rôles peuvent être échangés. Une autre réponse peut être tentée. Le corps peut faire l’expérience d’un geste qui, jusque-là, n’existait que sous la forme d’une pensée.

Dans le théâtre-forum d’Augusto Boal, une situation de conflit ou d’oppression est jouée devant un public. Puis les spectateurs sont invités à entrer dans la scène pour essayer d’en modifier le cours. Ils deviennent des « spect-acteurs ».

La scène n’apporte pas une solution toute faite : elle devient un laboratoire du possible.

Chacun peut tenter une manière différente de parler, d’agir ou de résister. Les conséquences sont observées collectivement. L’histoire se déplie, bifurque, rencontre ses limites et ouvre parfois un passage.

Ce qui était seulement imaginé s’inscrit alors dans le réel et dans le corps. Ensemble, nous découvrons qu’une autre réponse existe.

05

Jouer ensemble

Le théâtre est aussi l’art de faire de la place.

Prendre la sienne, sans effacer celle de l’autre.

Il faut écouter ce qui vient d’être dit, mais aussi ce qui tremble derrière les mots. Percevoir une respiration, un changement de rythme, un geste imprévu. Accueillir la proposition de l’autre et accepter qu’elle transforme la nôtre.

L’improvisation nous apprend que nous ne pouvons pas tout prévoir.

Nous pouvons préparer notre entrée, connaître notre intention, imaginer la suite. Mais quelque chose nous échappe toujours : un silence plus long que prévu, une émotion qui surgit, un partenaire qui nous entraîne ailleurs.

Alors, il faut répondre à ce qui est là, et non à ce qui aurait dû être.

Le jeu devient une expérience de la relation. Il nous apprend à proposer sans imposer, à nous ajuster sans disparaître.

06

Retrouver la liberté d’improviser

Le théâtre ne nous apprend pas seulement à interpréter un personnage.

Il nous invite à rencontrer les personnages que nous sommes devenus, ceux que nous avons dû jouer et ceux qui attendent encore de monter sur scène.

Par un ajustement de posture, une autre intonation ou un geste inattendu, le théâtre nous apprend à devenir plus pleinement nous-mêmes et à prendre l’espace qui est le nôtre.

La vie ne nous laisse pas toujours choisir le décor. Elle nous confie parfois des rôles que nous n’avons pas demandés. Elle interrompt une scène, déplace les lumières et transforme l’histoire, sans nous donner le temps d’apprendre notre nouveau texte.

Mais il reste souvent un espace entre ce qui a été écrit et ce qui peut encore s’inventer.

Un espace nouveau entre la personne que nous avons appris à être et celle qui cherche à apparaître.

Et c’est peut-être là que commence le théâtre vivant !

Dans cet instant fragile où nous cessons de réciter notre vie pour recommencer à la jouer.

Pour prolonger ce Murmure

Le Temps du Jeu

Des cours, des créations et des espaces pour retrouver le plaisir de jouer ensemble.

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